10 – La gare et la Résistance-Fer

 

 

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           Les gares et les chemins de fer sont des objectifs stratégiques indéniables. Alliés et résistants s’emploient à couper les communications des Allemands. C’est par la voie ferrée que les requis de force ou les déportés sont amenés vers un destin souvent tragique.

 

Un objectif allié : la gare de Belfort

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(Photos : fonds Jacques Begey)

 

La résistance des cheminots

 

Plaques commémoratives sur la gare de Belfort (photo : R. Bernat)

Plaques commémoratives sur la gare de Belfort (photo : R. Bernat)

Listes des agents SNCF tués à Belfort.

Listes des agents SNCF tués par faits de guerre.

Plaques commémoratives sur le mur de la gare de Belfort. (Photo : R.Bernat)

Plaques commémoratives sur le mur de la gare de Belfort. (Photo : R.Bernat)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                  Le chemin de fer est le moyen de transport le plus utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, que ce soit pour le transport de matériel ou pour les hommes (transport de prisonniers ou de déportés).

                Belfort est un lieu stratégique car la ville est au croisement des lignes menant à Mulhouse, Besançon et Vesoul-Paris. C’est la raison pour laquelle l’occupant surveille de très près ce réseau ferré. Pour les Résistants, c’est aussi un point stratégique mais leurs objectifs vont à l’inverse de l’occupant : ils vont s’organiser de manière clandestine (puisque les syndicats ne sont plus autorisés par l’ennemi) pour fournir, à l’insue des Allemands, des informations importantes concernant les horaires, le trafic ferroviaire, la composition des trains, …, renseignements précieux que pourront exploiter les réseaux de Résistants et l’aviation alliée.

                L’ennemi va également être confronté à une résistance passive : les cheminots vont multiplier les « maladresses » d’orientation des trains. Mais la « Résistance-fer » n’en reste pas là et des actions plus dangereuses tels des sabotages vont se multiplier à partir de 1943. Chèvremont-Vezelois, Banvillars-Bavilliers, Valdoie sur les trois axes importants vont être particulièrement ciblés. Le maquis de Ronchamp avec le lieutenant Schwartz et ses hommes, le 11 juillet 1944, vont jusqu’à réussir à faire sauter un train transportant des SS endommageant gravement la ligne Belfort-Paris.

A Bavilliers, le pont chemin de fer sur le canal est détruit, ainsi que le viaduc métallique de Froideval. A Belfort, divers endroits stratégiques sont sabotés : dépôt de locomotives, pont tournant… Le dépôt est paralysé suite au déraillement d’une locomotive.

A cela s’ajoute, après le débarquement de Normandie, une paralysie humaine : une consigne nationale de grève est lancée au début de l’été 1944, mot d’ordre très largement suivi à Belfort.

Toutes ces actions vont ensuite être relayées par des bombardements massifs, touchant les cibles voulues (gare, dépôt et triage), mais également les quartiers environnant comme le quartier de la Pépinière.

L’engagement des cheminots dans la « Résistances-fer » fera des victimes : quarante-quatre d’entre eux mourront au combat, seront fusillés ou déportés. Un hommage leur est rendu par deux plaques- souvenir visibles à la gare de Belfort et au dépôt.

Extrait du registre de Victor Heidet concernant Soittoux et Ruet.

Extrait du registre de Victor Heidet concernant Soittoux et Ruet.

 

 

 

Condamnation à mort d'un résistant pour sabotage. (ADTB)

Condamnation à mort d’un résistant pour sabotage. (ADTB)

 

Condamnation à mort d'un résistant pour sabotage. (ADTB)

Condamnation à mort d’un résistant pour sabotage. (ADTB)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La rafle du 14 septembre 1944 à Belfort

Plaque en mémoire des déportés partis de Belfort. (Photo : R.Bernat)

La rafle du 14 septembre- Plaque sur le mur du Fort Hatry en hommage aux Belfortains raflés et déportés en Allemagne. (photo : R. Bernat)

 

 

 

 

 

 

 

 

                    En septembre 1944, les Allemands renforcent leur présence militaire, Belfort est en effervescence et la population, renseignée par la radio de Lausanne, sait que la libération arrive à grand pas. Le gouvernement de Vichy s’est installé dans la ville à la fin du mois d’août, mais il ne tarde pas à s’en aller. Les Belfortains entendent des bruits de canons du côté de Ronchamp. Les miliciens se sont repliés sur Belfort, les soldats ramenés de Normandie ont grossi les troupes allemandes et les soldats du Reich se préparent à affronter la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny (qui a déjà libéré Besançon, Baume-les-Dames, Clerval, L’isle-sur-le-Doubs, Vesoul, et Lure mais dont l’avancée a été stoppée).

                  En ville, le bruit court que les Allemands vont construire un large fossé du côté de Banvillars afin que les chars de la 1ère Armée ne puissent pas passer mais on dit surtout que les hommes valides seront réquisitionnés pour effectuer les travaux.

Comme les journaux de la région avaient cessé de paraître au moment des faits, l’événement n’a pas donné lieu à des récits très précis. Nous disposons seulement de témoignages parfois contradictoires ou non soutenus par des preuves formelles.

                  Le 13 septembre des affiches placardées un peu partout à Belfort demandent aux hommes de 16 à 60 ans de se rassembler le lendemain en des lieux désignés munis d’objets de toilette, d’une couverture et d’une pelle ou d’une pioche. Cette réquisition ne parait pas exceptionnelle, plusieurs fois déjà les hommes ont été mobilisés pour renforcer les positions de défense des Allemands. Mais cette fois les patrouilles sont bien plus nombreuses, elles sillonnent la ville, effectuent des visites domiciliaires et bien des Français sont cueillis par surprise. Une fois tout le monde rassemblé un tri est effectué. Les plus âgés sont renvoyés chez eux mais les plus jeunes qui croyaient s’en tirer avec quelques jours de travaux forcés sont regroupés au fort Hatry puis emmenés en direction de la gare.

                 Vers 20h, entassés dans un train de voyageurs, ils quittent Belfort. La ville est donc privée de la majorité de ses jeunes hommes. Toutefois profitant de la faible vitesse du convoi, certains s’en échappent vers Danjoutin. Le lendemain après-midi le train qui roule alors en Allemagne est mitraillé par trois avions anglais. Les occupants paniqués, se ruent hors des wagons. Les blessures sont légères mais les nombreux impacts ont eu raison de la vieille locomotive. Une fois arrivés à Bieligheim, les raflés sont remis à différents offices de placement en Allemagne. Ils sont répartis dans toutes les grandes villes du Wurtenberg où les industriels et les paysans du cru viennent se procurer cette main d’œuvre requise. On estime à plus de  800 ces raflés du 14 septembre qui subissent les bombardements alliés, une dizaine y trouve la mort.

Ils ne sont pas les derniers à être ainsi transférés,150 autres Belfortains seront ensuite raflés en octobre et novembre 1944.

Quant à la motivation des Allemands, les témoignages s’accordent sur le fait qu’ils voulaient écarter de Belfort la population jeune qui était susceptible de rejoindre et d’aider les libérateurs.

                Après la guerre, les déportés du 14 septembre ont été dispensés du service militaire et par une loi du 14 mai 1951, ils ont reçu le statut particulier de « patriotes transférés en Allemagne ».

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