27 – Les combats du bois d’Arsot

 

 

Site N° 2727

 

(Sources photo : André  Sachet)

(Sources photo : André Sachet)

 Le mardi 17  novembre 2015, Mr Abderamane-Dillah, Principal du collège Goscinny de Valdoie présente les panneaux et le fonctionnement des QR Codes à M. Jean François Chanet, recteur de l’académie de Besançon, en présence de M. Jean-Marc Tochon,  IA-IPR STI  et de M. Laurent Feuillet, Principal-adjoint.


  Les commandos et les unités de choc sont en pointe dans l’opération déclenchée le 14 novembre pour libérer la Trouée de Belfort.

" A la scierie du carrefour du Martinet, à l'entrée d'Offemont, lieu de départ du 3ème commando, à l'aube du 22 novembre 1944 avant qu'il ne soit décimé par les terribles combats du bois d'Arsot " Photo : R. Bernat

 » A la scierie du carrefour du Martinet, à l’entrée d’Offemont, lieu de départ du 3ème commando, à l’aube du 22 novembre 1944 avant qu’il ne soit décimé par les terribles combats du bois d’Arsot  » (Photo : R. Bernat)

 

 

 Les combats de Belfort

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(photos : ADTB et Archives Nationale USA)

 

Témoignage de Pierre Masson, ancien commando de Provence, libérateur de Valdoie –  2015.

 

                   Depuis le sommet du Salbert l’aube se lève, l’aspirant Jean DELVIGNE  demande à son capitaine, Paul METIVIER commandant le 2ème Commando l’autorisation de faire une reconnaissance. La  deuxième section, commando de 28 hommes plus le capitaine, dévale donc en serre-file les pentes par les raccourcis. A 7h30 elle atteint les premières maisons de Cravanche où a lieu un premier accrochage avec une patrouille allemande.

A 8h, la section franchit le panneau Belfort,  cela fait quatre ans que les Belfortains n’ont pas vu un soldat français. Les libérateurs de Belfort, habillés de tenues américaines, sont bien des Français. Dans les rues de Cravanche la population d’abord incrédule puis enthousiaste, commence à sortir des caves et apporte à boire. Guidés par un ingénieur, les soldats investissent  l’usine Alsthom et gagnent le dernier étage d’un bâtiment d’où l’on peut observer les mouvements de l’ennemi.

METIVIER pousse une de ses sections dans la partie nord de Belfort. Mais vers 11h un bataillon allemand et quelques automoteurs traquent cette poignée d’hommes et la forcent à regagner Cravanche où un point d’appui est rapidement organisé. Les rues de Cravanche se vident.

BOUVET à Cravanche attend avec impatience les blindés. Mais ceux-ci n’ont pas encore réussi à percer les lignes allemandes. Il a dû se résigner à remonter au Salbert avec le gros de la troupe.  La patrouille de l’aspirant Jean DELVIGNE se battra pendant plusieurs heures au pont de Cravanche.

Deux Marocains de sa section, Bouchaïd Ben ABDESLEM et Lahoucine Ben BOUDJENAA, sont les premiers tués à Belfort. Le nombre des blessés s’accroît. Enfin ils sont secondés vers 15 h, par une section du 1er Bataillon de choc.

Tous les ponts sur le canal du Rhône au Rhin ont sauté mais existe un passage souterrain à Essert sous le canal.

En même temps la brigade de choc de GAMBIEZ doit s’emparer d’ESSERT, aménager un passage sur le canal pour les blindés et combler le fossé antichars de la route de Montbéliard (N19) afin que les blindés puissent rentrer dans Belfort par Bavilliers. Pour cela un bulldozer est amené sur les lieux en empruntant un passage existant sous le canal de la Haute-Saône mais il reste bloqué sous un pont pour cinq centimètres manquants en hauteur. Par contre les chars moins larges que le bulldozer pouvaient passer et continuer par Cravanche. CHAPPUIS modifie son plan en conséquence, les blindés du 6e RCA (Régiment de Chasseurs d’Afrique) contournent les fossés antichars situés à Chalonvillars et se lancent sur Cravanche. Il ne dispose plus que de 14 chars Shermann. A 15 h la colonne débouche en trombe par la rue de Cravanche, appuyée par des éléments du 4ième Régiment de Tirailleurs Marocains (4ième RTM). Il était temps, les soldats arrivaient à court de munitions et n’auraient plus tenu longtemps face à l’ennemi. Les chars progressent vers le centre-ville en empruntant l’actuelle rue de la 1ère Armée Française, puis l’avenue Jean Jaurès.  Rapidement les résistances isolées sont réduites, mais le char de tête, le Bugeaud est touché à sa tourelle par une arme antichar en face du poste de police du faubourg des Vosges. Ali Smaili , 22 ans, brûle vif dans le char.

La progression se fait bientôt plus rapide et vers 16h30, les forces françaises prennent la gendarmerie.

Au nord-est, c’étaient les Commandos de France et le Maquis de Corrèze qui engageaient le combat vers le Champ de Mars et l’Arsot. Leurs chars traversaient la ville et trouvaient les principaux ponts intacts grâce à l’héroïsme d’un belfortain Edmond Auguié qui, courageusement coupa les mises à feu des mines.

Du côté d’Essert, les derniers bouchons ennemis sautaient, le Régiment de Marche de la Légion Etrangère (ou RMLE), le Bataillon de Choc et les Commandos de France couverts par d’autres éléments du 6ièmeRégiment de Chasseurs d’Afrique (RCA), faisaient leur entrée dans Belfort vers 16 heures par la route nationale.

Vers 17 h,  les soldats parviennent à la mairie en franchissant les ponts Carnot et Clémenceau.  En fin de journée, si le nord-ouest et une partie du centre de Belfort sont libres, les Allemands tiennent encore la Citadelle et les forts de la Miotte et de la Justice. Belfort libéré doit vivre encore quelques jours d’inquiétudes.

Les Commandos d’Afrique sont durement engagés aux Martinet et au bois d’Arsot. Le Château et le fort de Roppe tirent sur la ville obus et mortiers.

Les libérateurs sont accueillis de façon extraordinaire. « Ne leur donnez pas de l’alcool, ils n’ont pas l’habitude, ils sont musulmans ! ». La hantise des Belfortains : passer encore un hiver sous la domination allemande.

Le 21 novembre,  Les boulangers allemands sont surpris en pleine cuisson du pain ! Les soldats du 4e RTM (Régiment de Tirailleurs Marocains) et les spahis marocains vont alors commencer à fouiller et investir toute la ville. La Libération de Belfort est rendue officielle par un affichage en mairie. Des combats de rue de plus en plus violents ont lieu pendant quatre jours avant que la ville ne soit complètement libérée. Le lieutenant Martin est tué dans son char, le Cornouailles, au pied de la Miotte le 21 novembre vers 17 heures 20.

Le 22 novembre, une quarantaine d’hommes du 3ème Commando d’Afrique meurt dans le bois de l’Arsot, près d’Offemont. La division est quasiment anéantie.

Dans la nuit  du 24 au 25 novembre,  les Allemands s’enfuient avant d’être encerclés.

Le 25  novembre vers 10 heures du matin, une section du 8ième Régiment de tirailleurs Marocains (ou  8ième  RTM) escalade les murs du Château, l’occupe et pour la première fois depuis quatre années les trois couleurs sont hissées au mât de la plate-forme de la citadelle.

Le 26 novembre  au matin toute la population émue et recueillie assiste place de la République à l’envoi des Couleurs par le Général Carpentier commandant la 2ième Division d’Infanterie Marocaine.

La trouée de Belfort était géographiquement un point difficile à prendre. Le temps et la défense organisée de l’ennemi ne jouaient pas du tout en faveur des libérateurs. C’est le courage des soldats français et africains, la stratégie et l’attaque en tenaille du général de Lattre de Tassigny qui auront raison de l’ennemi. C’est en faisant croire à une attaque dans les Vosges et notamment à Remiremont que les Français et les Américains vont encourager les Allemands à renforcer leurs troupes dans ce secteur, rendant Belfort et Montbéliard plus faciles à reprendre.

 

 

Unités de Chocs et Commandos dans la bataille de Belfort

Insigne des Commandos de Chocs (Coll. privée : René Bernat)

Insigne des Commandos de Chocs (Coll. privée : René Bernat)

Six unités ont été engagées

  • Le 1er BATAILLON DE CHOC
Gambiez Chocs

Le commandant Gambiez et les unités de Chocs. (source ECPAD)

Création : mai 1943 en Algérie (Staoueli) par le Commandant Fernand Gambiez, avec des volontaires venant de différentes unités de l’armée d’Afrique ou évadés par l’Espagne de la France occupée.

Combats : en 1943, libération de la Corse, en 1944 : raids sur les côtes italiennes, île d’Elbe (batterie d’Enfola), Grenoble (Parachutage d’une section fin juillet), Toulon, Dijon, Belfort, les Vosges (Masevaux, col d’Hundsruck), en 1945 :Colmar (lebsheim), Allemagne, Autriche.

  • COMMANDOS D’AFRlQUE

Création : juin 1943 en Algérie (Dupleix, Staoueli) par le Commandant Georges Régis Bouvet à partir du Corps Franc d’Afrique (créé en 1942, dissous après la prise de Bizerte en mai 1943) et de volontaires venant des différentes unités de l’Armée d’Afrique ou évadés par l’Espagne de la France occupée.

Combats : en 1944 : raids sur les côtes italiennes, île de Pianosa, île d’Elbe, débarquement de Provence (Cap Nègre et Rayol-Canadel dans la nuit du 14 au 15 août) Mauvanne, Toulon (Fort du Coudon), Vosges (Cornimont, octobre) Cravanche, Belfort, Offemont (20, 22 novembre), en 1945 : Cernay, le Rhin (raid sur la rive allemande à Kembs en mars), Allemagne.

  • COMMANDOS DE FRANCE

Création : avril 1944 en Algérie (Staouelî) par le chef d’escadrons Henri d’Astier de la Vigerie avec des volontaires en grande partie évadés par l’Espagne de la France occupée.

Combats : Vosges (le Haut du Tot), Essert, Belfort, Rougemont-le-Château, Masevaux, Col d’Hundsruck, Alsace, Allemagne, Autriche.

  • BATAILLON DE PROVENCE

Création : septembre 1944 à Aix en Provence par le chef d’escadrons Hervé de Courson de la Villeneuve avec des volontaires venant de la résistance et des maquis provençaux. Associés aux missions des Commandos d’Afrique sous les ordres du Colonel Bouvet, il constituera le 6ème Bataillon de choc.

Combats : Vosges, Belfort (Valdoie), Alsace (Cernay), Allemagne.

  • 4ème BATAILLON DE CHOC

Création : septembre 1944 à Cluny par le Commandant Laurent Bazot, le Commandant Aimé Broyer et le lieutenant Victor Loizillon à partir du maquis FFI de Cluny organisé depuis 1943. La maréchale de Lattre de Tassigny est la marraine du bataillon.

Combats : Cluny, Longevelle (Doubs), Belfort (barrage de Champagney, Frahier) Alsace (Bourbach Le Bas, Ramersmatt, Thann) Allemagne.

 

  • 2ème BATAILLON DE CHOC

Création : août 1944 à Paris (Lycée Janson de Sailly) par le capitaine Fenoyl de Gayardon avec des jeunes volontaires recrutés en grande partie parmi les étudiants et les élèves des classes préparatoires aux grandes écoles, mais aussi venant de tous les secteurs de la vie active.

Combats : Vosges (Masevaux, Col d’Hundsruck), campagnes d’Alsace et d’Allemagne.

 Les six unités ont été fondues après la guerre au sein du 1er Régiment de Choc aéroporté dont le 1er bataillon était constitué par les anciens du 1er Bataillon de choc et le 2ème  placé sous les ordres du capitaine Paul Ducournau des Commandos d’Afrique. Chocs et Commandos ont continué le combat en Indochine (Vin-Loi, Bac-Kan, Hoa-Bin) puis en Algérie.

Leur unité de tradition commune est le CNEC (Centre National d’Entrainement Commando à Mont- Louis et à Collioure dans les Pyrénées Orientales) qui a pris depuis le 1er juillet 1984 l’appellation de 1’” Régiment de Choc et porte l’insigne du 1er Bataillon de Choc.

 

D’après le texte du Général Victor Loizillon

Gambiez et les bataillons de choc

Le 1er bataillon de choc est une unité parachutiste d’élite de la France libre. Sa création est largement inspirée des unités parachutistes de la Seconde guerre mondiale existantes ou qui l’ont précédée : la compagnie de l’air 1936, le SAS britannique (Special air service), les commandos de France, les chasseurs parachutistes.

Le 1er bataillon de choc est créé le 25 mai 1943 à Staoueli (Algérie), par le chef de bataillon Gambiez. En 1943, ce dernier persuade l’état-major de la nécessité de créer une unité spéciale « susceptible d’apporter le moment venu une aide puissante aux éléments implantés clandestinement dans la zone des opérations de débarquement ». Il rejoint les vues de la direction des services spéciaux qui décide la création à compter du 23 mai du « Bataillon d’Assaut » nommé rapidement « Bataillon de Choc ».

À l’origine le « Choc » doit être l’équivalent pour la France du SAS britannique, des commandos allemands d’Otto Skorzeny, des commandos britanniques du général Wingate en Birmanie. Le bataillon de choc reçoit effectivement une instruction de commando parachutiste destiné aux opérations spéciales et aux « coups de mains » derrière les lignes ennemies. Mais hormis quelques actions spéciales en Italie et en territoire occupé accomplies par des membres isolés de cette unité ou par une unique section, le « Choc » est essentiellement utilisé comme une unité terrestre d’élite, pour toutes les grandes opérations de la 1ère Armée française.

Une explication possible à cette utilisation du bataillon de choc serait d’ordre politique. Ainsi, selon Raymond Muelle, ancien chef de section au « choc », cette unité était alors suspectée de soutenir le Général Giraud, alors grand rival du général de Gaulle aux yeux des alliés plutôt que ce dernier. Ce soupçon lui aurait en partie valu de ne pas être parfaitement utilisée en territoire occupé selon sa vocation et ses capacités.

Le bataillon de choc est dès lors à l’avant-garde de toutes les étapes de la libération de la France. Il mène une brillante campagne. Il participe à la libération de la Corse en septembre 1943, ou 109 hommes du 1er BPC sous les ordres de Gambiez  débarquent depuis le sous-marin Casablanca dans le port d’Ajaccio dans la nuit du 12 au 13 septembre. Avec l’aide de partisans Corse, ils repoussent les troupes allemandes, renforcées par des SS, et ouvrent la voie de la libération. Cet acte les fait entrer dans la légende. En juin de la même année, ils rééditent leur exploit en participant à la libération de l’île d’Elbe. Ils suivent ensuite la 1ère armée française, aux côtés des FFI qui viennent progressivement renforcer leurs effectifs, et libèrent Grenoble, Toulon, Dijon avant d’arriver enfin en Franche-Comté.

– Les combats des Vosges et de l’Alsace

Les combats des Vosges et de l’Alsace sont durs pour le « choc » qui subit de lourdes pertes et connaît ses plus durs combats, en particulier à la chapelle de Ronchamp le 30 septembre 1944. Le bataillon de choc est le premier à entrer dans Belfort le 20 novembre 1944. En janvier 1945, le choc est engagé au côté du 254ème Régiment Us et du 1er RCP à Jebsheim, en Alsace, transformé en place forte par les Allemands pour défendre la poche de Colmar. Le bataillon y subit de lourdes pertes. La campagne d’Alsace sera particulièrement meurtrière pour le « choc » : il perd près de 50% de son effectif ! Ensuite il suit l’armée de la France libre en Allemagne et termine son épopée au pied de l’Arlberg en Autriche lorsqu’est signée la capitulation allemande.

Le général de Lattre de Tassigny lui décerne en février 1946 une citation éloquente : Arme nouvelle, forgée pour des exploits nouveaux, le bataillon donna au premier appel sa mesure de perfection. »

La devise du choc était « En pointe toujours ». Le bataillon sera après-guerre employé dans la contre-guérilla en Indochine et en Algérie. Désormais rattaché directement aux services spéciaux (SDEC) et destiné aux opérations clandestines, le « choc » avait en quelque sorte renoué avec sa vocation première. Le 1er BPC sera dissous le 31 décembre 1963.

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