2 – Pierre Kammerlocher

 

Plaq La Rigaudie Mairie Belfort

Site N° 202

 

      Ce jeune scout belfortain, employé à l’Alsthom va s’impliquer activement dans la résistance. Engagé dans la 1ère Armée française, il va guider les commandos d’Afrique pour la prise du Salbert puis le lendemain ceux de Provence dans l’attaque sur Valdoie.

 Mort de Pierre Kammerlocher, lors de l’assaut à l’usine Socolest (témoignage de Pierre Masson, ancien commando de Provence, libérateur de Valdoie.)

 

L’Alsthom travaille pour l’Allemagne

tract pour aller travailler en Allemagne (source : ADTB)

Tract pour aller travailler en Allemagne (source : ADTB)

             Dans un état réalisé par la Chambre de commerce sur demande allemande, on note  que 3 684 ouvriers travaillent à l’Alsthom en janvier 1942.  L’usine travaille pour la satisfaction des besoins allemands mais la Kreiskommandantur déplore une lenteur de réalisation. La production souffre du manque de main d’œuvre et de métaux et notamment de cuivre.

             L’usine Alsthon fabrique en 1943 4 600 obus pour l’Allemagne. Des patriotes procèdent à des sabotages de la production. En août de cette année-là, des employés, membres du groupe « Lorraine » sabotent  les vérins hydrauliques nécessaires à la fabrication des obus puis en octobre les presses d’emboutissage des obus de 75.

             En décembre 1943, le préfet du Territoire de Belfort, dans un rapport au gouvernement de Vichy fait état du mauvais état d’esprit qui gagne la main d’œuvre ouvrière, fort mécontente de la modicité des salaires et des difficultés de la vie quotidienne. Surveillés par les Allemands, les salaires ne sont augmentés qu’à deux reprises en 1941 et 1943 et ne suivent pas le renchérissement des prix et du coût de la vie.

 

Le clan Guy de Larigaudie

(photos : R. Bernat)

PC Dufay Rue

18 faubourg de Montbéliard à Belfort, siège du PC clandestin du chef des FFI du département (photo : R. Bernat)

PC Dufay Plaq

Plaque au 18 faubourg de Montbéliard à Belfort. (photo : R. Bernat)

                Seule unité des Scouts de France décorée à titre collectif de la médaille de la Résistance. Le clan de Belfort fut très actif : renseignement, liaison, distribution de tracts et de journaux clandestins dont Témoignage chrétien. A partir du début 1944, le clan aide à la réception des parachutages d’armes autour de la commune d’Etobon et transporte le matériel reçu, explosifs et détonateurs. Après le débarquement un grand nombre de scouts-routiers rejoignent les maquis et participent aux très violents combats autour de Belfort pendant cinq semaines en novembre 1944. 11 des 24 scouts du clan tombent au combat ou en déportation

Photo 256 Plaq La Rigaudie Mairie Belfort

Plaque en l’honneur des jeunes résistants du clan Guy de La Rigaudie, posée dans le hall d’entrée de la mairie de Belfort, le 21 novembre 2015 (photos : René Bernat)

Un guide à l’assaut du Salbert

Témoignage de Pierre Masson, ancien commando de Provence, libérateur de Valdoie.

le Salbert qui surplombe Valdoie (photo: René Bernat)

Le Salbert qui surplombe Valdoie (photo: R. Bernat)

              Le plan du colonel Chappuis doit tenir compte de la présence d’un redoutable fossé antichars large de 7 mètres installé à 100 mètres au-delà du canal

Entrée du Fort du Salbert (photo : R. Bernat)

de la Haute-Saône. Au groupe des commandos d’Afrique de Bouvet, il demande de franchir dans la nuit du 19 novembre ce canal et de s’emparer du fort du Salbert. Le 20 novembre vers 1h30, 1 200 hommes des commandos d’Afrique et de Provence, descendent de Chalonvillars, franchissent le canal de la Haute Saône sur une passerelle de fortune puis montent silencieusement en direction du fort du Salbert en s’infiltrant sur une dizaine de kilomètres à travers les lignes ennemies. C’est Pierre Kammerlocher, un homme du cru, qui les guide. L’ouvrage est vide, les Allemands se sont repliés. Les commandos s’y installent en attendant l’ordre de descendre sur Belfort lorsque les blindés franchiront le canal.

Inauguration de la rue Pierre Kammerlocher le 20 novembre 2015

     

Le Député-Maire, M. Zumkeller et Virgile Grosmaire.

Dévoilement de la plaque de la nouvelle rue Pierre Kammerlocher.

      

  Au cours des deux glorieuses journées de la libération de Valdoie, les 20 et 21 novembre 1944, cinq combattants, résistants ou commandos, ont payé de leur vie cette liberté chèrement regagnée. A quatre d’entre eux la commune a déjà rendu hommage par le passé en baptisant de leurs noms quatre rues de Valdoie. Honneur à Marino Sassi, à Albert Bischoff, au capitaine Nallet et à Camille Lavigne !

Inexplicablement Pierre Kammerlocher a été oublié. Aujourd’hui, par cette cérémonie, nous venons régulariser la situation et rendre justice à ce jeune homme et à sa famille. Cette initiative est d’autant plus nécessaire et justifiée que Pierre Kammerlocher par sa personne même fait la synthèse entre les combattants de l’ombre et les libérateurs sous l’uniforme étant lui-même passé successivement par les deux états. Nous autres, collégiens et acteurs du projet : « Valdoie 1944 : sur les chemins de la liberté » sommes fiers et émus d’être à l’origine de cette reconnaissance. 

Pierre Kammerlocher est né le 28 juin 1919 à Belfort. Son père Georges est ingénieur à l’Alsthom et sa mère Emilia tient une petite mercerie faubourg des Vosges. Cette famille pratiquante compte six enfants. Pierre suit des études à l’Institution Sainte Marie et s’engage dans le scoutisme.

À la déclaration de guerre en 1939, il est affecté comme élève officier à l’école d’artillerie de Fontainebleau, puis de Tulle. Démobilisé après l’armistice, il rentre travailler à l’Alsthom dans sa ville natale.

Pierre Kammerlocher refuse la défaite, la soumission et la collaboration. Il fait le choix courageux de la résistance.

Scout routier, il adhère au clan « Guy de Larigaudie » dont l’aumônier est l’abbé Dufay, patron des FFI (Forces françaises de l’intérieur) du département. Il participe à plusieurs missions de renseignements, notamment à l’Isle-sur-le-Doubs. Après la libération de cette ville par la 1ère Armée française en 1944, Pierre Kammerlocher s’engage dans les commandos d’Afrique.

Dans la nuit du 19 au 20 novembre, lorsque ceux-ci se lancent à l’assaut du Salbert, sa connaissance du terrain l’amène à se porter volontaire pour les guider. Le 20 novembre, à la tête des commandos de Provence, il descend le flanc est du Salbert et figure parmi les premiers à entrer à Valdoie après avoir franchi la voie ferrée Belfort-Paris. Il est tué lors de la prise de l’usine Socolest occupée par les Allemands.

Pierre Kammerlocher est donc le 1er mort de la libération de Valdoie. Il a obtenu la croix de guerre avec palmes à titre posthume.

  Texte lu par Virgile Grosmaire, ancien élève du collège Goscinny, le 20 novembre 2015 lors de l’inauguration de la rue Pierre Kammerlocher à Valdoie.    

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